La charge mentale, celle qu'on ne voit pas
Ce n'est pas faire les courses qui épuise. C'est y penser à trois heures du matin, avoir déjà prévu le repas de mercredi, et savoir que personne d'autre ne s'en souviendra.
La charge mentale n'est pas la liste des choses à faire. C'est le travail invisible de tenir la liste : y penser, l'anticiper, la mettre à jour, vérifier que les autres l'ont faite. Ce travail n'a pas d'heure de bureau. Il tourne pendant la douche, dans les transports, et surtout le soir, quand tout le reste s'arrête.
Pourquoi elle fatigue plus que les tâches
Une tâche a un début et une fin. Quand elle est faite, elle disparaît. La charge mentale n'a ni l'un ni l'autre : elle est permanente, et rien ne la « termine ». C'est cette absence de fin qui use. Le cerveau ne peut jamais poser le sac.
Elle est aussi invisible pour les autres, ce qui empêche la reconnaissance. On peut remercier quelqu'un d'avoir cuisiné. On ne remercie personne d'avoir pensé, dix jours avant, qu'il faudrait cuisiner ce jour-là.
La rendre visible, à soi d'abord
La première étape n'est pas de la partager, c'est de la voir. Prendre une feuille et écrire tout ce qui tourne : pas les tâches, les « penser à ». Penser à prendre rendez-vous, penser à vérifier si, penser à rappeler, penser à ce que dira. La liste est généralement bien plus longue que ce qu'on imaginait, et c'est déjà un soulagement : ce n'est pas qu'on est incapable de suivre, c'est qu'il y a vraiment trop.
La sortir de la tête
Ce qui est écrit n'a plus besoin d'être retenu. Un carnet, un agenda, une application, peu importe, mais un seul endroit, toujours le même. Le cerveau apprend vite que ce qui est là-dedans n'a plus à tourner. Ce n'est pas une astuce d'organisation, c'est une décharge.
Le soir, en particulier, cette décharge compte. Ce qui n'a pas été posé avant de se coucher revient entre deux et quatre heures du matin, à l'heure où tout paraît plus grave.
La partager, ensuite
Partager la charge mentale ne veut pas dire distribuer des tâches en gardant la responsabilité de vérifier. C'est confier un domaine entier, avec le droit pour l'autre de le faire autrement, et de se tromper. C'est plus difficile que de tout faire soi-même. Mais c'est la seule façon pour que le sac change d'épaule.
Et quand malgré tout la tête ne s'arrête plus, quand la charge est devenue une rumination permanente qui empêche de dormir, c'est le signe d'un épuisement qui s'installe. Ça se dit à quelqu'un dont c'est le métier.
- Parlez-en à votre médecin, il connaît votre situation.
- Un psychologue ou un psychiatre peut poser un cadre que ce site ne remplace pas.
- En Suisse : Pro Mente Sana (santé psychique), La Main Tendue au 143. En France : votre médecin traitant, le 3114 en cas d'urgence.