Les proches aussi ont une limite
On ne peut pas être la bouée de quelqu'un en train de couler soi-même. Ça paraît évident. Ça ne l'est jamais quand on est dedans.
Il y a un épuisement dont on ne parle presque jamais : celui de la personne qui tient l'autre. Le conjoint qui absorbe, le parent qui porte, l'ami qui écoute chaque soir. Cet épuisement-là est particulier, parce qu'il vient avec une interdiction : on n'a pas le droit de se plaindre, puisque ce n'est pas soi qui va mal.
Une fatigue qui n'a pas le droit d'exister
Le proche se tait, par pudeur, par loyauté, parce que ses propres difficultés lui paraissent dérisoires à côté. Et plus il se tait, plus il s'use. Les études sur les aidants, relayées entre autres par Santé publique France, décrivent une population qui dort mal, tombe plus souvent malade, s'isole, et consulte peu. Précisément parce qu'elle ne se considère pas comme concernée.
Les signes, chez celui qui aide
Ils ressemblent à ceux de l'autre, avec un décalage : irritabilité envers la personne qu'on aide, suivie d'une culpabilité immédiate. Sensation d'être piégé. Perte de ses propres activités, de ses propres amis. Et parfois, une pensée qu'on n'ose formuler : l'envie que ça s'arrête, d'une façon ou d'une autre. Cette pensée est humaine. Elle ne fait pas de vous un monstre, elle fait de vous quelqu'un qui est au bout.
Tenir sans s'effacer
Garder quelque chose à soi. Une activité, un créneau, une relation qui ne tourne pas autour de la personne aidée. Ce n'est pas de l'égoïsme, c'est ce qui permet de continuer. Un proche qui n'a plus rien à lui n'a plus rien à donner non plus.
Le stress de celui qui soutient a tendance à s'installer sans bruit, parce qu'il n'a pas d'événement déclencheur, juste une durée. Le reconnaître comme tel est déjà une façon de le contenir.
Et demander de l'aide, soi aussi. Il existe des groupes de proches, des consultations pour l'entourage, des lignes d'écoute qui reçoivent les aidants au même titre que les personnes aidées. Y aller ne retire rien à l'autre. Ça vous rend, à vous, un peu de ce que vous donnez.
Une phrase à garder
« Je ne peux pas t'aider si je coule. » Elle n'est pas dite à l'autre, elle est dite à soi. C'est la seule qui autorise le proche à se compter, lui aussi, parmi les personnes qui ont besoin de quelque chose.
- Parlez-en à votre médecin, il connaît votre situation.
- Un psychologue ou un psychiatre peut poser un cadre que ce site ne remplace pas.
- En Suisse : Pro Mente Sana (santé psychique), La Main Tendue au 143. En France : votre médecin traitant, le 3114 en cas d'urgence.