Pourquoi on tient trop longtemps
Vu de l'extérieur, c'est évident : il fallait s'arrêter avant. Vu de l'intérieur, chaque semaine de plus avait une bonne raison.
Quand quelqu'un s'effondre, l'entourage dit souvent : « Mais pourquoi tu n'as rien dit ? » La personne le sait bien, qu'elle aurait dû. Elle le savait déjà avant. Ce n'est pas l'information qui manquait, c'est la possibilité de s'en servir. Comprendre ce qui bloque, c'est ce qui permet de faire autrement la prochaine fois.
La loyauté
On tient pour les autres. Pour l'équipe qui a besoin de nous, pour les enfants, pour le parent malade, pour le projet qu'on a porté. S'arrêter, c'est laisser tomber quelqu'un. Cette loyauté est une qualité, et c'est précisément pour ça qu'elle piège : on ne se méfie pas de ses qualités.
La peur de décevoir
On nous a fait confiance. On a une image à tenir, celle de la personne solide, fiable, qui ne se plaint pas. Dire « je n'y arrive plus » revient à casser cette image, devant les autres et devant soi. Beaucoup préfèrent aller jusqu'à la rupture plutôt que de la casser volontairement. Au moins, la rupture, ce n'est pas eux qui l'ont décidée.
L'habitude
On s'adapte à tout, y compris à ce qui nous use. Une charge qui aurait paru insupportable il y a deux ans est devenue le quotidien. On ne la voit plus. C'est ce que les gens racontent souvent après : « Je ne me rendais pas compte. » Ils ne mentent pas. La grenouille dans l'eau qui chauffe n'est pas idiote, elle est adaptée.
La honte
Craquer, c'est pour les faibles, croit-on. Alors on tient, pour prouver qu'on n'en est pas. Les travaux sur la santé au travail relayés par Santé publique France montrent que ce sont souvent les personnes les plus investies, les plus consciencieuses, qui vont le plus loin avant de s'arrêter. Précisément parce qu'elles se jugent le plus durement.
Ce que ça change de le savoir
Rien de tout cela n'est une faute. Ce sont des mécanismes, et ils sont partagés par à peu près tout le monde. Les nommer permet une chose : la prochaine fois qu'on se surprend à repousser le moment de s'arrêter, on peut se demander lequel est en train de parler. La loyauté ? La peur ? L'habitude ? Ce n'est pas la question qui décide, mais elle ouvre une porte que le silence tenait fermée.
Et si vous lisez ceci en vous reconnaissant à chaque ligne, c'est peut-être le moment d'en parler à quelqu'un dont c'est le métier. Pas parce que vous êtes faible. Parce que vous avez tenu assez longtemps.
- Parlez-en à votre médecin, il connaît votre situation.
- Un psychologue ou un psychiatre peut poser un cadre que ce site ne remplace pas.
- En Suisse : Pro Mente Sana (santé psychique), La Main Tendue au 143. En France : votre médecin traitant, le 3114 en cas d'urgence.